LES CPE dans le contexte de la mondialisation

En 1970, le corps des Conseillers Principaux d’Education (CPE) a été crée suite à la prise de conscience des nouvelles spécificités de la jeunesse après les mouvements sociaux de Mai 1968.

Le Décret (Fontanet) du 12 août 1970 crée le corps des CPE. Il succède au surveillant  général avec lequel il diffère par de nouvelles missions

« Aux tâches d’animation, s’ajoutent évidemment les tâches de caractère pédagogique » (décret de 1970). Par pédagogie on entend la mise en oeuvre d’une étroite collaboration avec l’équipe d’enseignement. Le domaine de la « pédagogie » pour le CPE consiste dans un premier temps par la mise en place d’ études surveillées.

Les années 90 marquent la revendication de l’ »entrée en pédagogie » des CPE (décret d’octobre 1989), avec le suivi individuel et personnel de l’élève et « l’étroite collaboration avec les enseignants ».

Leur mission s’organise autour de trois pôles :

• Le fonctionnement de l’établissement : responsabilité du contrôle des effectifs, de l’assiduité des élèves, de l’organisation du service du personnel de surveillance… Sur ce point on ne peut y échapper. C’est une constante du métier, une exigence qu’on ne manque pas de nous rappeler.

• La collaboration avec le personnel enseignant : échanges d’information sur le comportement et sur l’activité des élèves, suivi de la vie de classe, collaboration à la mise en oeuvre de projets…Cette mission est plus ardue et source de frustrations. On aimerait que… la collaboration soit étroite et dans les deux sens… Un idéal à atteindre qui reste difficile.

• L’animation éducative : relations directes avec les élèves de manière individuelle ou collective, organisation de la concertation, participation aux conseils d’établissement, à la formation et à l’élection des délégués d’élèves. Selon l’étude des différents tableaux de bord des » vie scolaire », le CPE se positionne selon sa volonté et sa personnalité sur ce module de l’animation éducative de sa fonction. Il n’y a pas d’obligation, ni de tendance. C’est au gré de chaque CPE (consultable sur les différents sites académiques de CPE comme par exemples sur le site de CPE de l’académie de Créteil www.ac-creteil.fr/cpe ).

Le contexte de mondialisation du métier de CPE

Une évolution du métier liée aux transformations sociales:

Le concept de mondialisation était à l’origine employé dans un cadre économique. Cette théorie s’est invitée dans le débat sur la pérennité du CPE avec l’analyse de l’évolution globale de la violence et de l’absentéisme en Europe et dans le monde entier.

Deux théories s’opposent: la mondialisation et l’anti-mondialisation.

Dans le premier cas, la mondialisation,  caractérise les liens d’interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques. L’objectif est-il  d’améliorer les échanges et d’homogénéiser les pratiques?

Au niveau mondial l’approche systémique a pris de l’ampleur dans certains secteurs de connaissance et conduites d’actions. Ainsi dans l’éducation Nationale l’acteur est maintenant associé à un système. On assiste à l’émergence de la Vie Scolaire avec la circulaire de 1982 puis la d’orientation sur Loi l’Education de 1989.

Selon Chapoulie (1987), on assiste également à une remise en question de la division du travail qui existe dans le « modèle éducatif français » , donc dans l’établissement scolaire: d’un côté les tâches de surveillance et d’administration qui concernent le CPE et de l’autre un corps professoral de plus en plus pointu et spécialisée (élévation du niveau de recrutement pour les concours à BAC+ 5, MASTER).  La multiplication des personnels spécialisés qui caractérise le système scolaire français semble être remis en question. Dans les autres pays, les enseignants s’occupent eux-même de la surveillance, l’orientation…[1] C’est le grand débat du moment (ou plutôt qui ressurgit).

L’autre tendance est l’anti-mondialisation qui défendent le « surgissement d’ identités et de communautés de taille restreinte » selon les post-modernistes (JP. Obin et  A. Obin_Coulon, 1999). La société du savoir a contribuer à générer l’exclusion et la marginalisation selon Tardif et Lessard, 2004, effet pervers de la volonté de démocratisation du savoir.

Dans sa pratique professionnelle le CPE  est conduit à intervenir plus sur « les conditions matérielles et subjectives de l’apprentissage »  (Pierre Roche). Cette tendance est renforcée par le manque de légitimité de l’école auprès des jeunes et la montée des violences y compris scolaires. D’où la montée en légitimité du CPE et son regain d’importance dans les établissement scolaire. C’est la montée de la mission « sécuritaire » du CPE. Dans certaines académies les revendications au moindre acte de violence sont: « Un CPE supplémentaire! ».

Celle ci fait écho à « la crise de la valeur du savoir au sein du monde social » (Tardif et Lessard, 2004) observée dans les pays occidentaux.

Une Diversité des pratiques entrainant un manque de visibilité de la fonction de CPE

L’enquête de la DEP (Département des Etudes de la Prospective) datant de 1996 nous révèle que « la moitié des CPE pensent qu’ils n’ont pas de fonction précise dans leur métier et que leur profession est plus liée à l’établissement et à leur personnalité »[2]. 30% d’entre eux pensent que leur fonction (Acte, le plus souvent écrit (ou qui devrait l’être[3]), qui précise les conditions de travail, les objectifs, les missions) n’est pas correctement définie par les textes[4].

Est- ce pour cela qu’une circulaire définissant les compétences à acquérir du CPE (et documentaliste) vient de paraître le 15/5/2010 http://www.education.gouv.fr/pid24256/n-29-du-22-juillet-2010.html ?

Peut-on encore envisager le CPE comme exerçant une fonction?  Ne faut-il pas plutôt le regarder en terme de métier? Nous entendons ici métier dans le sens d’une activité humaine, le plus souvent à but lucratif. C’est aussi un savoir-faire acquis et, lorsque le métier le permet, une amélioration de ce savoir[5].

Cette diversité des pratiques parfois au sein même d’un même établissement scolaire conduit à un manque de visibilité des CPE.

Le métier de CPE est « sensible et réactif » aux évolutions du monde social (CEREQ en 2007). Saura-t-il paraître encore pertinent face aux récentes mutations sociales? A nous de  développer, des instances, des « réflexion-action » (associations, analyse de pratiques…) permettant de faire valoir une identité CPE.

Judith SALIN, CPE en Guadeloupe

BIBLIOGRAPHIE

- JP. OBIN et  A. OBIN COULON, Immigration et Intégration, Hachette Education, 1999.

- M. TARDIF et C. LESSARD (dir.), La profession d’enseignant aujourd’hui, Presse Université Laval, 2004.

-

Alain BOUVIER, Eclairages métaphoriques sur l’établissement scolaire à l’usage des conseillers principaux d’éducation, CRDP Lyon, 1997

Daniel COHEN, La Mondialisation et ses ennemis, Paris, Grasset, 2004

- Chapoulie JM.,  Les professeurs de l’enseignement secondaire, un métier de classe moyenne, MSH, 1987.

- CEREQ, Les conseillers principaux d’éducation, un métier en redéfinition permanente, 2007 in www.cereq.fr

- Michel Barlow Le métier d’enseignant, essai de définition, Anthropos, 1999, 160 pages

-

[1] Regards sur l’éducation, OCDE 2005, Tableau D2.3, p. 377.

[2] CEREQ, Les conseillers principaux d’éducation, un métier en redéfinition permanente, 2007 in www.cereq.fr

[3] Définition du dictionnaire Larousse, 2002.

[4] CEREQ, Les conseillers principaux d’éducation, un métier en redéfinition permanente, 2007 in www.cereq.fr

[5] Michel Barlow Le métier d’enseignant, essai de définition, Anthropos, 1999, 160 pages

Inscription Newsletter    Mentions légales   |    Gestion - MàJ le 17/12/2017    |    Déclaration CNIL 1550636     rss