La réforme des IUFM

Depuis plusieurs années, les IUFM sont critiqués par les stagiaires qui en sortent car les formations reçues concernent encore trop, à leur goût, les savoirs disciplinaires, au détriment d’outils nécessaires à la prise en charge des classes lors de la première prise de fonction. Les stagiaires, en poste dès la rentrée de septembre sont encore trop souvent confrontés à des publics, à des situations qu’ils ne se sentent pas prêts à assumer et qui les déstabilisent parfois sérieusement dans leur exercice professionnel.

Les IUFM se sont progressivement adaptés à cette demande et ont introduit des modules d’analyse de pratique, de formation transversale concernant la sociologie (éclairage sur les publics scolarisés, leurs familles, sur les problématiques liées à l’intégration, sur les questions d’autorité, etc.), la philosophie et la psychologie de l’adolescent. La présence des stagiaires à mi-temps dans les IUFM leur permet par ailleurs de marquer une pause hebdomadaire dans cette découverte des contraintes de terrain, d’échanger entre eux et avec des professionnels et enseignants d’IUFM qui peuvent les guider, les aider à progresser, à réfléchir sur leur pratique, à les réajuster en fonction des situations inédites rencontrées, le tout en partenariat étroit avec les conseillers pédagogiques d’accueil des EPLE dans lesquels ils sont accueillis.

Pour l’Association Nationale des Conseillers Principaux d’Education dont l’ action consiste à réfléchir sur le métier et sur les pratiques professionnelles des CPE, cette réforme de la première année de stages des néo-titulaires est un non sens, un déni du besoin de formation. On ne peut que constater avec effroi que ce va-et-vient théorie-pratique, encore insuffisant, au lieu d’être accentué, amélioré, sera tout bonnement supprimé pour satisfaire une logique d’économie de moyens visant à utiliser des personnels encore inexpérimentés pour combler les vides laissés par les suppressions de postes. Faut-il que la nation n’aime plus ses élèves et ses personnels enseignants et éducatifs pour nier ainsi la nécessité de les préparer à vivre ensemble ? Chacun peut vérifier en discutant avec des stagiaires combien ils sont demandeurs d’outils, combien ils ont besoin de recul pour analyser et intégrer l’apprentissage de la gestion de leur classe.

Le métier d’enseignant, de documentaliste, de conseiller principal d’éducation n’est donc plus considéré comme un métier qui s’apprend. Des jeunes titulaires d’un Master disciplinaire ou généraliste, sélectionnés par des concours peu professionnels, ne seront que très partiellement formés ou accompagnés pendant leur première année de prise de fonction. Ils devront se débrouiller pour découvrir « sur le tas », de manière totalement empirique, dans quelle structure ils travaillent, à qui ils enseignent, et comment ils doivent travailler.

Outre l’enseignement des contenus qui se fera sans approche méthodologique, sans connaissances pédagogiques, qu’en sera-t-il des missions éducatives ? Comment garantir la transmission des valeurs fortes de notre école, de notre République ? Comment l’école pourra prétendre à remplir sa mission première de formation des futurs citoyens si ce questionnement est absent de la formation de ses personnels ?

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