Philippe, François, Marie (*) revenez vite, ils sont devenus fous !

La finalité de l’engagement de l’Ancpe depuis sa création a toujours été professionnelle et c’est encore vrai aujourd’hui. Ce positionnement n’a pas toujours été facile à défendre, à comprendre, par nos adhérents, nos partenaires ou par l’institution elle-même. Il a généré et génère encore certaines interrogations. Cette question du positionnement et de l’engagement ne doit plus être à la marge du fonctionnement de notre association. La dérégulation massive qui touche actuellement le système éducatif (au-delà du simple corps des CPE), son changement de paradigme mettent à mal sa cohérence, son sens et remettent en cause la place de chacun de ses acteurs,  y compris celle des élèves.  L’émergence des idéologies libérale et sécuritaire en éducation nous oblige à nous interroger sur le rôle que nous voulons jouer en tant qu’association professionnelle. Les choix sont limités : accompagner leur développement si nous le jugeons professionnellement profitable ou alors résister, construire d’autres perspectives par devoir, par honnêteté intellectuelle, par professionnalisme. La vie scolaire et particulièrement les CPE sont malmenés par la politique éducative actuelle. Ils sont harassés, découragés, abandonnés (comme beaucoup d’autres catégories de personnels) par un état qui n’a pas le courage de dire clairement qu’il a déjà vendu leur fond de commerce et avec lui, une égalité républicaine qui devenait de plus en plus pesante. Aujourd’hui le programme CLAIR a officialisé, sous couvert de l’expérimentation, la création de 105 préfets des études. Le bulletin officiel n°29 du 22 juillet 2010 décrit l’ensemble de ce dispositif. Pour les préfets, les missions décrites sont en grande majorité celles des CPE et cependant ils ne sont jamais cités en référence. Plus grave,  ils ne peuvent prétendre prioritairement à cette nouvelle fonction à laquelle correspond globalement leur formation qu’à la condition suivante : que l’enseignant à qui cela a été proposé prioritairement mais dont ce n’est pas le métier, refuse. Aurait-on formé depuis toutes ces années des CPE pour rien ? Une telle négation de notre fonction, de notre existence et de nos compétences n’a jamais été atteinte et nécessite notre engagement dans l’action. Qu’il n’y ait pas de méprise, l’Ancpe et les CPE ne sont pas contre le principe d’expérimentation. Ils l’ont souvent accompagné et impulsé mais pas avec ces finalités, pas dans ces conditions et pas sans concertation.

Il y a encore peu de temps le seul vocable de « préfet » aurait suffit à faire s’élever les voix des intellectuels de notre pays. Sa connotation archaïque et ambigüe aurait été brocardée au-delà des médias par quelques experts, accréditant ainsi le ridicule de la dénomination, mais ce temps semble révolu. Aujourd’hui tout ce vocabulaire est volontairement utilisé car il rassure. L’éducation, comme d’ailleurs tous les sujets qui traitent du développement et du progrès de l’être humain, ne semble plus faire débat, masquée par le voile sécuritaire qui l’enveloppe. Notre association est réaliste quant à la portée de son action mais ne souhaite pas cautionner ce silence et cette négation de la démocratie participative. Elle appelle simplement à l’aide des « intellectuels-porte-drapeaux » qui n’auraient pas encore abdiqué, pour essayer de porter plus en avant le débat. Car n’est-ce pas leur rôle que de veiller, d’alerter, de mettre les limites nécessaires aux dérives politiques de nos sociétés, de faire contre pouvoir ? Alors Philippe, François, Marie revenez vite, ils sont devenus fous (**) !

Stéphan Krécina

Co-président de l’Ancpe

(*) Meirieu, Dubet, Duru-Bellat,

(**) en référence à l’ouvrage de P.Meirieu :  Emile, reviens vite, ils sont devenus fous ; en collaboration avec Michel Develay, Paris, ESF éditeur, 1ère édition 1992, 4ème édition 1994 (208 pages)

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