Accueillir dans l’établissement scolaire … Mais encore ?

Cette notion maintes fois évoquée  s’apparente aujourd’hui à une urgente nécessité.

Entrer dans un établissement scolaire est un acte rarement anodin et revêt pour certains usagers un aspect particulier lié à une multitude d’images faisant référence à un vécu plus ou moins heureux, à des expériences quelquefois hasardeuses et aux multiples représentations qui en découlent.

Pour ceux dont la culture scolaire semble éloignée de leur propre culture, entrer dans un  collège ou un lycée peut représenter un challenge voire  une impossible mission…

Comment faire alors pour dépasser ou au moins ne pas refuser ‘’l’obstacle’’ ?

Quelle est la part de responsabilité  de l’institution dans ce malaise ?

Institution  qui après des  décennies de repli ‘’identitaire’’ lié à l’histoire de notre système éducatif, tente depuis quelques années de mieux comprendre, d’analyser et d’accepter, en s’ouvrant sur son environnement, le fait que la coresponsabilité éducative école/famille peut faciliter la gestion de la vie scolaire de l’établissement. Le décret et la circulaire de juillet et août 2006, précisant le rôle et la place des parents à l’école en attestent.

Dans cette perspective, accueillir est une étape décisive. C’est la première d’entre toutes, celle qui permet en donnant une première impression favorable, d’imaginer que peut-être, alors, ‘’une histoire intéressante avec l’école’’ et un ‘’bout de chemin intelligent avec elle’’ sont envisageables.

On a peut-être trop longtemps crû qu’être inscrit, pour un élève, être enseigné gratuitement selon les principes Républicains était suffisant…Cet enfant avait la chance, entendait-on dire, d’être scolarisé…quant à demander à être reconnu, voire considéré… c’était là autre chose.

C’était avant …..Et ce n’était pas forcément mieux avant…. !!!

Envisagé sous cet aspect, l’accueil constitue une notion secondaire, ‘’une cerise sur un gâteau scolaire’’ gâteau dont on se dispute de moins en moins les parts d’ailleurs et que l’école préfèrerait quand même voir déguster avec un peu plus d’appétit.

Or, nous connaissons tous ce qu’il est convenu d’appeler le ‘’fléau’’ de l’absentéisme !

Le désamour…Le refus…Le consumérisme….la phobie…

Cette institution qui a longtemps accordé beaucoup d’attention aux plus méritants ‘’aux mieux nés’’, se retrouve aujourd’hui en train de convoquer des fondamentaux négligés : L’accueil de l’élève et de ses parents dans l’établissement.

Faciliter la pénétration du lieu, aider à franchir la porte du collège, du lycée, de la classe, du bureau du CPE… Comment ?

Et si effectivement en ré humanisant le lien scolaire, en lui restituant sa vocation : accueillir toute une tranche d’âge, pas seulement mathématiquement mais humainement, on en venait à rélégitimer la valeur du lien humain…

Par la qualité de l’accueil qu’on lui réserve, être capable, par exemple, de signifier à un élève que l’on se sent pour partie responsable de sa scolarité ; en souhaitant l’accompagner dans la compréhension et l’orientation de cette même scolarité, lui démontrer que sa réussite nous est importante, parce que depuis notre fonction dans le système éducatif, il est de notre responsabilité d’adulte de l’aider à s’approprier les choses qui aident à vivre mieux.

Pour cela, l’accueillir non pas avec méfiance mais avec vigilance. Son âge le rend perméable à de nombreux errements mais il reste avant tout un préadolescent ou un adolescent qui a beaucoup de choses à apprendre de ses aînés et en particulier le respect dû à tout individu.

Respect dont la première manifestation quotidienne consiste à dire bonjour, identifier et nommer car c’est comme cela que l’on dit à quelqu’un qu’il existe et que son existence a du sens.

Le bonjour et le sourire lient. L’appel en classe au-delà de la vérification administrative d’usage doit aussi dire simplement à un élève qu’il a sa place dans la classe, qu’il est sur une liste de noms, qu’il appartient à un groupe de pairs dont il est une partie.

S’il n’est pas là, il est absent bien sûr et c’est dommageable pour lui, mais il manque au groupe dont il est un élément.

On lui a accordé une importance puisqu’on lui a donné une place, cette place a de la valeur et du sens. Elle a aussi un coût. Coût social que la société consent car elle sait que c’est le prix à payer pour se constituer en groupement humain sensé !

C’est donc au quotidien que nous devrions appliquer avec la plus grande authenticité les règles de l’accueil.

L’accueil que l’on réserve aux personnes qui nous sont importantes !

Parce que les jeunes générations nous sont importantes ; elles sont le sens de la vie qui continue et comme on accueille un enfant dans la vie, on a le devoir d’accueillir sans faiblesse, sans petite lâcheté ordinaire et  sans démagogie l’élève dans l’établissement qui est le sien.

Cela suppose le courage de dire les choses, celles qui vont et celles qui doivent s’améliorer, cela suppose le courage de reprendre fermement les entorses à la règle commune qui constitue la structure même de l’accueil et en précise les contours légaux.

Accepterait t-on que cela soit en vain que chaque RI d’établissement ait le devoir de préciser certains points sur les conditions de l’accueil de l’élève dans l’établissement ?

Points précis de ce règlement où l’on exige de l’élève et des référents adultes de l’établissement, tous personnels confondus, qu’ils soient entre autres, respectueux d’eux-mêmes et des autres, qu’ils ne fassent pas de prosélytisme, qu’ils aient une tenue et un langage corrects et appropriés et qu’ils respectent leurs engagements mutuels.

Accueillir c’est aussi et surtout respecter.

L’accueil de l’élève et de ses parents ne peut pas être une vaine notion, cette notion est bien trop déterminante pour la soumettre à l’aléatoire !

Anne-Marie BOUKRI

CPE formatrice IUFM Aix Marseille

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